(Zonebourse.com) - Les marchés obligataires ont profondément évolué en 2026. Aux Etats-Unis, les rendements ont fortement augmenté, tandis que la courbe des taux s'est aplatie. Le rendement des obligations du Trésor américain à deux ans est supérieur d'environ 1,4 point de pourcentage à son niveau du début de l'année, contre une hausse d'environ 0,6 point pour les obligations à trente ans. Cette dynamique découle moins des débats sur le niveau élevé de la dette publique que d'une réévaluation fondamentale des perspectives monétaires.
Vers un resserrement monétaire prolongé aux Etats-Unis
" En début d'année, les marchés anticipaient encore plusieurs baisses de taux de la Réserve fédérale. Désormais, ils intègrent près de quatre hausses supplémentaires d'ici la fin de l'été 2027. Ce changement s'explique notamment par la forte hausse des prix de l'énergie liée à la guerre en Iran et par les risques inflationnistes qui en découlent. Dans le même temps, l'économie américaine s'est montrée plus résistante que prévu. Cela laisse penser que le niveau actuel des taux n'a pas freiné l'activité aussi fortement qu'attendu et a conduit à revoir l'estimation du taux d'intérêt neutre, c'est-à-dire le niveau qui ne stimule ni ne freine l'économie", observe Svein Aage Aanes, responsable de la gestion obligataire chez DNB Asset Management, filiale de gestion d'actifs du groupe financier norvégien DNB.
A ces tensions s'ajoutent les débats sur le niveau élevé de la dette publique américaine et sur la détermination du nouveau président de la Fed, Kevin Warsh, à combattre l'inflation. Dans l'ensemble toutefois, la vigueur de la croissance et le regain des pressions inflationnistes constituent actuellement les principaux moteurs de la hausse des rendements . La bonne tenue persistante des marchés d'actions et du crédit va dans le même sens.
La Fed ne fait pas face à un dilemme majeur pour le moment
Dans ce contexte porteur, peu d'éléments laissent entrevoir un arbitrage difficile entre inflation et croissance pour la Réserve fédérale. Les marchés avaient presque entièrement intégré une hausse de taux pour septembre. L'économie américaine est relativement solide, tandis que l'inflation a augmenté. "Renoncer à relever les taux aurait donc pu provoquer davantage de turbulences sur les marchés qu'un resserrement monétaire. Cela aurait également relancé le débat sur une éventuelle influence politique sur la Réserve fédérale", souligne Svein Aage Aanes.
L'Europe emprunte la même trajectoire de hausse des taux que les Etats-Unis, mais elle reste bien plus vulnérable.
Dans le Vieux continent, les taux ont augmenté cette année, mais un peu moins fortement qu'aux Etats-Unis. Parallèlement, les courbes des taux se sont nettement aplaties, comme outre-Atlantique. L'économie de la zone euro se porte bien et le consensus prévoit pour 2027 une croissance supérieure à sa tendance de long terme. La Banque centrale européenne a déjà relevé ses taux directeurs à deux reprises en 2026. D'ici l'automne prochain, les marchés anticipent trois à quatre hausses supplémentaires : la trajectoire attendue diffère donc actuellement peu de celle des États-Unis.
Pour Svein Aage Aanes, "une différence majeure pourrait toutefois peser dans la balance : l'Europe est nettement plus dépendante des importations d'énergie. Si les prix de l'énergie restent élevés, les pressions inflationnistes comme les effets négatifs sur la croissance pourraient y être plus importants qu'aux États-Unis. Ce risque est accentué par le niveau relativement faible des stocks européens de gaz naturel à l'approche de l'hiver. Selon l'évolution de la situation dans le détroit d'Ormuz, la BCE pourrait donc être confrontée à un arbitrage plus délicat. Pour l'instant, néanmoins, de nombreux éléments plaident en faveur de nouvelles hausses de taux."
La politique des banques centrales n'explique pas tout : les choix budgétaires des Etats pèsent eux aussi lourdement sur les marchés.
Les politiques de relance budgétaire redessinent les courbes de taux
Au-delà de la politique monétaire, la gestion budgétaire prend une importance structurelle croissante pour les marchés obligataires. L'augmentation des dépenses publiques et des investissements dans la défense et les infrastructures a déjà fortement influencé l'évolution des taux en Europe ces dernières années. La réforme du frein à l'endettement allemand et la nécessité d'investir davantage dans la sécurité et les capacités de défense face à une Russie plus agressive devraient maintenir les émissions d'obligations souveraines à un niveau durablement élevé dans les années à venir.
Une tendance similaire s'observe aux États-Unis, où les déficits budgétaires restent importants et où la dette publique continue d'augmenter. Ces facteurs ont contribué à accentuer la pente des courbes des taux et à relever les primes de terme, c'est-à-dire la rémunération supplémentaire exigée pour détenir des obligations à plus longue échéance, avant que de nouvelles inquiétudes inflationnistes et l'anticipation d'un nouveau cycle de hausses de taux ne prennent le relais en 2026. Ils expliquent aussi pourquoi, malgré le changement radical des anticipations de politique monétaire, les courbes des taux ne se sont pas encore de nouveau inversées, comme en 2023 et 2024.
Un ancrage structurel des taux neutres à des niveaux plus élevés
Ces besoins massifs de financement scellent la fin définitive de l'argent gratuit.
"De nombreux éléments suggèrent que les marchés obligataires sont entrés dans un nouveau régime de taux, ou plutôt revenus à un régime déjà connu", relève Svein Aage Aanes. Les taux directeurs neutres nominaux, avant correction de l'inflation, devraient être nettement plus élevés que durant les années qui ont suivi la crise financière de 2008. Si les banques centrales ont déjà relevé leurs estimations des taux neutres de long terme, celles-ci restent bien inférieures aux niveaux intégrés par les marchés.
Des niveaux d'investissement structurellement plus élevés devraient soutenir cette tendance. Cela concerne la défense, la sécurité et les infrastructures, mais aussi les investissements considérables liés à l'intelligence artificielle. Ces facteurs laissent penser que les taux d'intérêt réels et les primes de terme resteront supérieurs aux niveaux observés au cours de la dernière décennie.
"Cela ne signifie pas automatiquement que la volatilité des marchés sera, elle aussi, durablement plus élevée. Toutefois, l'incertitude géopolitique croissante accroît le risque de chocs extérieurs, tels que ceux auxquels les marchés ont été confrontés à plusieurs reprises au cours des cinq dernières années", note le responsable de la gestion obligataire chez DNB Asset Management.
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